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18 Nov

Unes des hebdos, affiches dans le métro... l’islam est omniprésent, mais qu’en est-il des Asiatiques, cette autre immigration majeure et silencieuse ?

Publié par Al-islam-fi-nafsi  - Catégories :  #Actualités international sur l'islam

Atlantico : Les populations asiatiques, surtout chinoises, semblent se fondre dans la société et l’économie française en toute discrétion. Comment expliquer ce phénomène et quelle forme prend-il, alors même que le débat sur l’immigration et l’intégration culturelle est en France un sujet récurrent ?

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Pierre Picquart : Le principal élément à prendre en compte est la forte influence des courants de pensée asiatiques que sont le taoïsme, le bouddhisme ou encore le confucianisme qui sont des philosophies peu revendicatrices. Les Chinois par exemple, puisqu’il s’agit de la principale communauté asiatique implantée en France, ont une façon de gérer leurs rapports humains, personnels et collectifs, très différente de la notre. De ce fait, leurs caractéristiques d’intégration ne sont pas les mêmes que celles des autres vagues d’immigration. Ce sont des gens qui recherchent culturellement une forme de consensus social et qui ont eu un parcours migratoire long de 20 siècles, au cours duquel ils se sont adaptés à toutes les cultures. Il est donc logique que leur immigration provoque moins de phénomènes de violence, de cris et d’agitation sociale.

 

L'immigration asiatique dans son ensemble représente aujourd'hui une communauté variée et disparate d'un million de personnes sur le territoire français parmi lesquelles sont présents des Japonais, des Chinois évidemment, mais aussi des Vietnamiens ou des Pakistanais et des Indiens. Ces communautés, dont la plus importante est celle venant de Chine, sont réparties à travers tout le pays mais se sont développées autour de certains foyers communautaires historiques (ndlr : D'après l'Insee, l'arrivée de nouveaux natifs de Chine chaque année a doublé depuis 1998 et a atteint 80 000 personnes en 2008). On peut citer parmi eux le 13ème arrondissement de Paris et Belleville qui sont les berceaux historiques de cette immigration. Les populations sont également très présentes dans les Hauts-de-Sein et la Seine-Saint-Denis, et plus généralement dans toutes les grandes villes de France : Bordeaux, Lille, La Rochelle ou encore Marseille. Il n'y a presque plus aujourd'hui la moindre ville importante dans l'hexagone qui ne compte un commerce ou une entreprise dirigé par un un français issu de cette immigration. Il est important de préciser qu'au delà des communautés "traditionnellement" perçues comme asiatiques (chinoise, japonaise, vietnamienne, laotienne), la seconde immigration asiatique est celle en provenance de Turquie.

 

Si les immigrants asiatiques ont d'abord profité de l'exotisme de leur culture pour développer des commerces liés à celle-ci, ils ont rapidement su se diversifier pour prendre place dans d'autres secteurs d'activité. Se dirigeant initialement vers les commerces ne nécessitant pas une grande connaissance de la culture française, comme la gastronomie, pour s'intégrer rapidement, ils se sont ensuite tournés vers la création d'entreprises de services et de réparation. Parmi les éléments que les Chinois ont ramené en France avec eux, il y a la culture du travail et de la réussite. Bien qu'il soit légalement impossible de chiffrer cela, les grandes écoles françaises et les Universités sont remplies d'enfants d'immigrants chinois et probablement bien plus que de d'enfants issus d'autres communautés (ndlr : D'après une étude de l'Ined de 2010, 47% des garçons issus de la communauté asiatique française et 50% des filles sont diplômés du supérieur contre 37% de l'ensemble des femmes françaises).

 

La Chine a longtemps été un pays très pauvre et l’est encore en partie et si c’est aujourd’hui l’une des principales puissances financières du monde ce n’est pas un hasard. Les Chinois fonctionnent autour d’une cellule familiale puissante et solidaire, ainsi que grâce à une entraide communautaire omniprésente. Ils ont longtemps accepté d’être moins payés que ne le seraient des travailleurs français afin de pouvoir s’intégrer. La culture du travail et de la réussite est également un moteur essentiel de l’intégration chinoise. Ce n’est pas uniquement financier, les Chinois attachent beaucoup d’importance à la scolarisation de leurs enfants et au fait de leur permettre d’intégrer des formations universitaires prestigieuses. A la différence de la plupart des vagues d’immigration, les Chinois ont une stratégie d’intégration qui correspond à leur expérience migratoire.

 

Bien que ces communautés soient économiquement intégrées, le phénomène semble moins vrai sur le plan culturel ?

 

Pierre Picquart : Sur la question des valeurs et des traditions, la Chine est globalement située à l’opposé de l’Occident. Les codes sociaux sont complètement différents et tous les Chinois qui émigrent gardent toujours en eux une base culturelle chinoise qui ne disparaît jamais. C’est le cas de toutes les cultures qui s’exportent mais quand on est Chinois, on a 5 000 ans de culture qui nous suivent. Il est impossible de ne pas faire avec. Sur le plan artistique par exemple, la Chine n’est pas encore entrée dans la modernité. Bien que l’on parle de l’art contemporain chinois comme l’un des courant émergent, il reste en réalité assez élitiste et peu représentatif de la production artistique chinoise. Si vous parcouriez le pays de long en large, vous vous apercevriez qu’il s’agit surtout d’art traditionnel ou de choses d’assez mauvaise qualité cherchant simplement à reproduire l’art occidental. La Chine cherche encore son identité artistique contemporaine. Récemment, on a beaucoup parlé des Chinois qui copient les chanteurs coréens à succès issus de la mouvance K-pop mais cela est tout à fait naturel. La Chine est un pays encore très fermé, il faut lui laisser le temps de regarder ce qui se passe ailleurs avant de créer de la nouveauté.

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