Un État islamique de l’Azawad proclamé dans le nord du Mali
Les choses sont désormais plus claires dans le nord du Mali où les rebelles touareg, islamistes et indépendantistes, ont fusionné samedi pour donner naissance à “un État islamique de l’Azawad”, qui met les putschistes maliens devant le fait accompli.
Après de longues tractations, entamées suite à la prise des villes de Kidal, Gao et Tombouctou au lendemain du coup d’État militaire, qui a renversé le régime d’Amadou Toumani Touré, les rebelles touareg ont fait jonction lundi en annonçant la naissance de “l’État islamique de l’Azawad”. Ainsi, la rébellion touareg, connue sous la dénomination du Mouvement national de libération de l’Azawad, et le mouvement islamiste Ançar Eddine, ont signé “un protocole d’accord”, qui fusionne les deux groupes.
C’est l’aboutissement de plusieurs semaines de discussions entre deux mouvements longtemps séparés par leurs objectifs et leurs idéologies. Cela pourrait constituer un tournant décisif dans l’immense nord malien, qui échappe au pouvoir central de Bamako depuis fin mars. Ceci étant, l’interlocuteur est désormais bien déterminé maintenant que ce soit pour le Mali où pour les pays du champ. Ce ne sont plus trois, comme ce fut le cas jusqu’à maintenant avec le MNLA, Ançar Dine et l’Aqmi, qui était partie prenante dans l’opération d’occupation du nord du Mali.
Il se pourrait même qu’Al-Qaïda au Maghreb islamique soit la grande perdante dans l’histoire si l’on se fie à la déclaration d’Ibrahim Assaley, maire de la localité de Talataye et membre du MNLA, qui a affirmé après cet accord qu’“Ançar Eddine se démarque du terrorisme, mais refuse pour le moment de déclarer la guerre au terrorisme”.
L’accord conclu indique, par ailleurs, que “le mouvement Ançar Eddine et le MNLA proclament leur autodissolution dans l’Azawad. Ils créent le Conseil transitoire de l’État islamique de l’Azawad. Les principaux points de ce document sont : nous sommes tous pour l’indépendance de l’Azawad, nous acceptons tous l’islam comme religion, le Coran et la sunna sont la source du droit”.
Cet accord a été accueilli par de nombreux coups de feu en l’air à Gao, l’une des grandes villes du Nord malien, selon les témoignages des habitants rapportés par l’AFP. Il y a lieu de rappeler qu’après les rébellions touareg des années 1990 et 2000, le MNLA, Mouvement indépendantiste qui affichait une idéologie laïque, avait lancé mi-janvier l’offensive contre l’armée malienne, qui s’est amplifiée avec l’entrée en scène d’Ançar Eddine, prônant de son côté l’imposition de la charia dans tout le Mali. Ançar Eddine, dirigé par l’ex-chef rebelle touareg Iyad Ag Ghaly, a été appuyé sur le terrain par les jihadistes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique.
À eux deux, Ançar Eddine et Aqmi sont devenus dominants, aux dépens du MNLA, dans le Nord, tombé entièrement entre les mains des groupes armés à la faveur du putsch du 22 mars à Bamako. Aqmi opère depuis plusieurs années dans toute la bande sahélo-saharienne, y commettant des rapts, en particulier d’Occidentaux. Dans un message rendu public, il y a quelques jours, le chef d’Aqmi, Abdelmalek Droukdel, dit Abou Moussaâb Abdelouadoud, a conseillé à ses combattants du nord du Mali d’imposer “graduellement” la charia pour y réussir la création d’un État islamique. Cet accord intervient après que le président burkinabè Blaise Compaoré, médiateur de la Cédéao dans la crise malienne, eut fait savoir récemment que des “contacts” avaient été établis avec notamment le MNLA et Ançar Eddine.
Il complique énormément la tâche des autorités maliennes de transition, qui ne cessent de proclamer leur volonté de restaurer l’intégrité territoriale du Mali. Elles semblent pour l’heure impuissantes, d’autant qu’elles ont peiné jusque-là à s’imposer à Bamako même face à l’ex-junte du capitaine Amadou Haya Sanogo. Il n’en demeure pas moins que le gouvernement malien a vivement réagi à cette annonce par la voix de son ministre de la Communication et porte-parole Hamadoun Touré, lequel a déclaré qu’il “rejette catégoriquement” la création d’“un État islamique” dans le nord du pays par la rébellion touareg et le groupe islamiste Ançar Eddine. “Le gouvernement du Mali rejette catégoriquement toute idée de création d’un État de l’Azawad, encore plus d’un État islamique”, a-t-il déclaré à l’AFP.
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