Les jeunes Saoudiennes se jouent de la police religieuse

Conscient des aspirations des moins de 25 ans, majoritaires, le roi Abdallah desserre le carcan.
Au premier jour des vacances d'hiver à Riyad, des bandes d'adolescentes fêtent les congés dans le centre commercial de la tour Faisaliyah, l'un des symboles de la capitale saoudienne avec sa tour de verre en forme de cône. Les jeunes filles rient fort en se tenant par les coudes. Maquillées, les sourcils épilés et redessinés, et surtout tête nue, les cheveux libres sur les épaules, elles représentent un défi aux règles strictes de l'islam officiel, qui ordonne aux femmes de se couvrir la tête de noir et de cacher leur corps sous un manteau informe de la même couleur, l'abaya. Celles des lycéennes sont largement ouvertes, dévoilant jeans et t-shirts à paillettes. Une brise de révolte souffle sur le royaume. Une partie de la jeunesse urbaine supporte de moins en moins les contraintes vestimentaires. Les filles inventent des subterfuges pour éviter l'abaya au quotidien. Dernière astuce en date, la blouse blanche de médecin, tolérée en public, portée par des adolescentes qui n'ont jamais mis les pieds dans un hôpital.
Normalement, les mutawas, les barbus de la «Commission pour la promotion de la vertu et la prévention du vice», la police religieuse, doivent veiller au grain. Mais ce jour-là, dans le centre commercial, pas une seule barbe broussailleuse en vue. La Commission, bras armé de l'establishment religieux, semble faire profil bas. Le roi Abdallah a déjà limogé, il y a un an, son très radical dirigeant, Ibrahim al-Gheit. C'est maintenant au tour du Majlis al-choura, le Conseil consultatif royal non élu, de demander à la police religieuse un rapport précisant le rôle de chacun de ses membres, «afin de comprendre ses structures». L'objectif est «de créer une réglementation» selon laquelle les vertueux policiers «seront tenus pour responsables de leurs actes», cela afin de «réduire les incidents». Les journaux, propriété de membres de la famille royale, ont donné un large écho, ces dernières années, aux excès des religieux et à la résistance des citoyens ; des commissariats des mutawas ont été pris d'assaut par des familles de jeunes gens arrêtés simplement pour s'être trouvés ensemble dans des voitures ou des lieux publics, alors qu'ils n'avaient aucun lien de famille.
La mixité, tout comme l'absence d'abaya et de voile, est toujours théoriquement interdite. «Les policiers religieux ont des trucs pour identifier les couples non mariés. Par exemple interpeller des hommes et des femmes qui se promènent, et leur demander séparément la couleur de leur réfrigérateur, pour voir si leurs réponses concordent», raconte Ibrahim al-Mukatib, président de l'ONG Les droits de l'homme d'abord, non reconnue par le pouvoir.
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