Le Nord-Caucase en proie à une islamisation de plus en plus rigoriste
Dokou Oumarov, alias Abou Oussman. C'est le nom du chef tchétchène à l'origine de l'attentat suicide qui a fait 36 morts à l'aéroport de Moscou-Domodedovo, le 24 janvier dernier. Nouvel acte de terreur de cet islamiste, déjà responsable des attentats dans le métro de Moscou en 2007, chef autoproclamé de l"'Émirat du Caucase" et que Moscou, malgré une répression sanglante semble incapable de maîtriser. Retour sur une guerre impitoyable et sur ces figures de l'islam salafiste caucasien.
Doku Umarov, leader de l'Emirat Islamique du Caucase, a revendiqué l'attentat qui a fait 36 morts à Moscou en janvier dernier.
Le conflit entre forces russes et combattants tchétchènes ne date pas d'hier. En fait, à chaque fois que le pouvoir central, - l'empire tsariste puis l'Union soviétique avant sa chute en 1991- a fait mine de vaciller, les Tchétchènes ont cherché à s'émanciper et à conquérir leur indépendance. La guerre du Caucase au XIXe siècle, les déportations en 1944 et enfin les deux guerres de Tchétchénie (1994-1996 et 1999-2000) pèsent encore très lourd dans les mémoires. La volonté d'indépendance et le combat contre les forces coloniales ont toujours été et demeurent des ressorts fondamentaux du conflit.
En revanche, la composante religieuse n'a pas toujours eu le poids qu'elle possède aujourd'hui. "Pendant la première guerre de Tchétchénie (1994-1996), il s'agissait avant tout d'une guerre de libération nationale, et l'on se trouvait face à un peuple en armes, avec de très nombreux villageois qui vendaient leur vache pour s'acheter des fusils et rejoindre la résistance, dans un mouvement profondément séparatiste", affirme Aude Merlin, spécialiste du Caucase du Nord, membre du centre d'étude de la vie politique ( CEVIPOL) à l'université libre de Bruxelles.
La venue de prédicateurs étrangers pendant l'entre-deux guerre, ajoutés à des violences terribles de la part des troupes fédérales russes, suite à l'explosion de l'Union soviétique, ont radicalisé une partie de la résistance, et la coloration islamiste est devenue de plus en plus visible dès la deuxième guerre. Cependant, même chez les groupes salafistes les plus durs comme celui de Bassaïev (à l'origine de la prise d'otage à Beslan en 2004), il faut souligner que les revendications demeuraient politiques et avant tout anticoloniales. L'islam était un vecteur, mais les aspirations restaient principalement indépendantistes.
La rhétorique d'un jihad mondialisé, le combat transnational contre les infidèles et les revendications d'un émirat islamiste ne sont apparus qu'après la mort de l'ancien président tchétchène Aslan Maskhadov en 2005 puis celle du combattant indépendiste, Chamil Bassaïev, en 2006. C'est, en effet, avec Dokou Oumarov qu'un islamisme extrêmement dur et violent s'est installé dans la région. Le combat n'a plus visé désormais la seule indépendance de la Tchétchénie, mais plutôt la création d'un État islamiste regroupant toutes les régions du Caucase du Nord et fondé sur un islam rigoriste et intransigeant.
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