Le meurtre d’un pacifiste italien met en cause l’autorité du Hamas
Pour ses amis, Vittorio Arrigoni était un inconditionnel de la cause palestinienne. Installé dans la bande de Gaza depuis août 2008, ce journaliste-écrivain de 36 ans militait au sein de l’association pacifiste propalestinienne International Solidarity Movement (ISM).

«C’était quelqu’un d’attachant. Nous nous moquions de lui car il était devenu plus Palestinien qu’Italien», témoignait hier une collègue photographe, Simona Ghinozzi. Mais voilà, dans ce Proche-Orient depuis si longtemps à feu et à sang et où les extrémistes finissent toujours par être débordés par plus extrémistes qu’eux, le CV sans tache de Vittorio Arrigoni n’a pas suffi.
Dès son enlèvement jeudi, il est très vite apparu que l’Italien était en fait l’objet de la lutte implacable qui oppose, dans la bande de Gaza, le Hamas (au pouvoir depuis 2007) aux groupes salafistes, partisans d’un retour à l’islam rigoriste des origines. Un temps compagnons de route du Hamas, les salafistes s’en sont progressivement éloignés, l’accusant de faiblesse face à Israël et dans l’imposition de la loi islamique.
Ultimatum sur YouTube
Dans la soirée de jeudi, des militants d’un groupe se présentant sous le nom de Tawhid wa al-Jihad («Monothéisme et Guerre sainte») avaient annoncé, dans une vidéo postée sur YouTube, avoir enlevé Arrigoni. Ils menaçaient de le tuer à l’expiration d’un ultimatum de trente heures, si le Hamas ne libérait pas plusieurs de leurs camarades, dont le chef de leur groupe, cheikh Hicham al-Saedini, arrêté en mars. Selon un porte-parole du Hamas, pour lequel cette affaire résonne comme un terrible camouflet, les services de sécurité du mouvement islamiste ont rapidement identifié un «membre du groupe (salafiste) qui a livré les autres membres et montré l’endroit où se trouvait le militant». Malheureusement, ils sont arrivés trop tard et «ont trouvé le corps de l’otage tué depuis plusieurs heures d’une façon atroce».
Troisième victime
Vittorio Arrigoni est le troisième militant d’ISM à trouver la mort à Gaza, après Rachel Corrie et Tom Hurndale, tués en 2003 par les forces israéliennes. Son meurtre est le premier d’un étranger à Gaza depuis que le Hamas y a pris le pouvoir. «Le gouvernement (ndlr: du Hamas) condamne ce crime atroce qui ne reflète pas nos valeurs, notre religion, nos coutumes et nos traditions, et affirme qu’il va traquer le reste des membres du groupe et qu’il appliquera la loi» à leur encontre, a déclaré un porte-parole du Hamas. Le mouvement radical Jihad Islamique l’a aussi dénoncé, de même que l’Autorité palestinienne, qui contrôle la Cisjordanie, et qui s’était d’emblée élevée contre l’enlèvement de l’Italien, «contraire aux intérêts du peuple palestinien».
En Italie, où l’émotion est très vive, la rédaction du quotidien de gauche Il Manifesto, avec lequel collaborait Arrigoni, était sous le choc. Quant à sa mère, maire de Buciago près de Milan, elle s’est dite «très affligée et surprise qu’une chose de ce genre se soit passée à cause de ses activités là-bas: Vittorio ne se mettait jamais dans une situation dangereuse».
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