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19 Jun

La guerre sainte, de Bienne jusqu’en Irak

Publié par Al-islam-fi-nafsi  - Catégories :  #Actualités international sur l'islam

L’histoire court depuis des années dans la région biennoise: un jeune musulman part à l’aventure en Irak pour lutter contre l’envahisseur américain. Avec Al-Qaida. Encore tout jeune, il est tué par les infidèles en Irak.

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Tunisien d’origine, le jeune Biennois, rebaptisé Abou Sa’ad al-Tunisi, a été érigé en martyr sur les sites islamistes.

Cette fable moderne tombe dans l’oubli. Mais elle rebondit il y a un an: les manchettes des journaux assurent que Nicolas Blancho, président du Conseil central islamique suisse (CCIS), aurait envoyé un jeune Kurde répondant au nom d’Ali étudier en Egypte dans une école coranique. Alain Pichard, enseignant et politicien biennois, déclare alors qu’en plus d’Ali, deux autres jeunes fréquentent des écoles radicales: «Je connais trois cas.» Nicolas Blancho dément à la télévision alémanique: «Les deux autres sont pure invention, je ne les connais absolument pas.»

Alors que le numéro 1, le Kurde Ali, a tourné le dos à l’islam dès son retour; et que le numéro 2 est aussi rentré; on sait aujourd’hui que le numéro 3 est mort. Il ne voulait pas uniquement approfondir ses connaissances du Coran, mais il est parti pour l’Irak avec l’intention de participer à la guerre sainte armée.

Ce jeune Tunisien , détenteur d’un permis de séjour suisse, a atteint Bagdad. Et réussi à parvenir jusqu’au cœur de la nébuleuse Al-Qaida. Ce djihadiste venu de Suisse a été tué lors d’une opération antiterroriste américaine contre une cellule du mouvement de Ben Laden. Sur les sites proches des fondamentalistes, il est vénéré comme un héros. Sa sœur a soutenu jusqu’à récemment cette propagande par écran interposé.

Un autodidacte de l’islamisme radical

Le Service de renseignement de la Confédération (SRC) confirme les recherches de la SonntagsZeitung. Le jeune homme est annoncé disparu début août 2005. Puis le SRC apprend en juillet 2007, «d’un autre service de renseignements, le probable décès» du combattant, sans doute en avril 2006. Selon Jürg Bühler, vice-directeur du SRC, c’est un cas isolé: «Le SRC n’a pas connaissance d’autres djihadistes partis de Suisse morts en zone de combats.»

Aîné de sa famille, il rejoint son père en Suisse à l’adolescence. Traqué par la police tunisienne, cet ingénieur avait fui son pays vers 2000. Ses quatre enfants et sa femme avaient pu le rejoindre peu après. Cette famille très pratiquante s’établit dans la région biennoise. L’aîné va prier à la mosquée Arrahman où, chaque vendredi, Nicolas Blancho tient séminaire coranique. Blancho se rappelle de ce jeune Tunisien de grande taille qu’il a vu jusqu’en 2005 portant d’amples pantalons hip-hop. C’était un type calme, mais Blancho jure ne pas avoir frayé avec lui: «Nous nous saluions, j’ai peut-être échangé quelques mots avec lui, je ne m’en souviens que vaguement.»

En quelques mois, l’ado devient un fervent admirateur d’Al-Qaida. Selon le SRC, il s’est radicalisé seul, probablement sur internet. «Rien n’indique qu’il a été recruté en Suisse», dit Jürg Bühler.

Dans la cour d’un immeuble près de Bienne, des enfants courent. Ça sent le gazon fraîchement coupé. Au deuxième étage, derrière les stores fermés, une lumière brille. Le père vient répondre à la porte. Barbu, l’homme est poli et se lamente: «Depuis son décès, notre famille est déchirée. On est tous estampillés terroristes et on est sans cesse importunés par la police et les services secrets. On vit reclus comme des bêtes chez nous.» Il fournit toutefois l’adresse du médecin de la famille. La seule personne en qui il ait encore confiance. Le praticien admet: «Tous les membres de la famille ont été très choqués lorsqu’ils ont appris la disparition du grand frère. Ses proches ne savaient vraiment rien de sa radicalisation.»

Allers et retours avant Bagdad

Parti de Zurich, ce jeune homme d’à peine 20 ans arrive à Damas, en Syrie, où il cherche à nouer des contacts avec des représentants d’Al-Qaida. Il y parvient. Comme la frontière avec l’Irak est fermée, il revient en Suisse. Pour un petit mois. Fin septembre 2005, il disparaît à nouveau et le SRC perd sa trace. Il envoie un SMS d’adieu à sa famille depuis la gare de Zurich. Tout indique qu’il repasse par Damas et réussit tout de même à rejoindre l’Irak pour finir à Bagdad. Là, il est accueilli dans le cercle très fermé des proches d’Al-Zarqawi, chef d’Al-Qaida en Irak. Ce dernier sera liquidé par les Américains quelques semaines après la mort du croisé venu de Suisse. 

Ce chemin de Damas jusqu’aux zones de combat est caractéristique des combattants de la guerre sainte. Selon les services secrets allemands du Bade-Wurtemberg, qui ont suivi ce jeune djihadiste, on ne trouve guère plus de «portiers» d’Al-Qaida en Occident. Par contre, les mosquées d’Istanbul, Alexandrie ou Damas font office de lieux de ralliement. Puis les ordres arrivent des zones de conflit, d’Afghanistan, de Tchétchénie ou d’Irak, précisant où on a besoin d’un combattant, et où il faut un candidat pour un attentat suicide.

On ne sait pas quelle a été la tâche du croisé seelandais. Rebaptisé Abou Sa’ad al-Tunisi, il a dû faire bonne impression. Les services allemands sont persuadés qu’il faut montrer «patte blanche islamique» pour arriver à intégrer un groupe terroriste. Ces derniers sont très prudents, voire paranos, car ils craignent l’infiltration par des agents secrets.

Le médecin de la famille d’Abou Sa’ad indique qu’avant décembre 2007, il n’y a eu aucun signe de vie de sa part. Ses frères et sœurs auraient alors trouvé une trace de lui sur internet: un cliché où il arbore fièrement une kalachnikov avec une légende indiquant qu’il est mort en martyr sous les balles de l’armée US. La famille serait tombée par hasard sur cette image après de longues recherches sur la Toile. Or il est certain qu’une partie de la propagande sur le martyr a été mise en ligne par sa sœur, qui habite en Suisse. Nos journalistes ont fait analyser par une experte les contributions accessibles, puis les ont fait traduire de l’arabe.

Utilisant le pseudo Swissgirl99, elle a commencé par placer en novembre 2006 – soit six mois après sa mort – une vidéo sur un site islamique, relayé par le site de partage DailyMotion. Des photos de la région où elle habite et les commentaires permettent de l’identifier. Le film montre comment on fait sauter des véhicules américains en Irak. Puis en janvier 2008, le film «Caravanes des martyrs» passe sur YouTube. Cette vidéo est signée par la cellule de propagande Ansar al-Alaam proche d’Al-Qaida; on y voit Abou Sa’ad entouré de combattants qu’on a identifiés comme des proches du chef Al-Zarqawi.

«Maman, je veux voir les blondes vierges»

A partir de 2009, la sœur devient Atlal al-Majd sur les forums du Net. En octobre, on peut voir pour la première fois des photos de l’enfance et de l’adolescence d’Abou Sa’ad; manifestement tirées de l’album de famille. Atlal al-Majd s’applique à polir le mythe de son frère. Il aurait tué 60 infidèles, mais cela paraît impossible selon nos recherches. En mai 2010, sur un chat, elle raconte explicitement qu’elle est sa sœur.

Pour couronner le tout: «L’interview de la mère du martyr Abou Sa’ad al-Tunisi» apparaît sur plusieurs sites islamistes. On y retrouve les images du jeune homme enfant, ado, puis combattant en Irak. La mère explique que son fils avait un avenir brillant devant lui, il pouvait se marier, faire des études: «Mais il a choisi la vie éternelle plutôt que le monde des mortels.» Finalement, elle prie Allah «de l’accepter parmi les martyrs».

Il est improbable que la mère ait répondu aux questions d’un islamiste zélé. Le médecin de la famille assure que la mère n’a jamais soutenu le projet de son fils. Elle est traumatisée par sa mort. L’experte qui suit les sites fondamentalistes et parle arabe, partage cet avis. Elle est certaine que la sœur d’Abou Sa’ad, alias Swissgirl99, alias Atlal al-Majd, a mis en ligne tant les photos que la soi-disant interview de la mère. Cet entretien précise même qu’elle a eu une vision de son fils déclarant: «Oh, maman, j’aspire à rencontrer les blondes vierges aux yeux noirs.» Et la mère de conclure: «Ainsi, partez, jeunes gens, et sachez qu’Allah est avec vous.»

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