L’islam s’ouvre à la langue française
A l’heure des dernières gesticulations du débat sur l’identité nationale, Azzedine Gaci est, avec Kamel Kabtane et la Grande Mosquée de Lyon, à l’initiative de l’enseignement de la langue française pour six imams de la région. Une nécessité impérieuse pour le président du Conseil Régional du Culte Musulman, qui doit permettre aux imams de prêcher pour tous, et plus seulement pour les arabophones. Car dans les mosquées, on parle dorénavant et en majorité le français. Cette initative, qui vise à remettre l’imam au centre de la mécanique de culte, vise aussi à assécher les islams connexes, et parfois radicaux. L’interview d’Azzedine Gaci.
Lyon Mag : Cette volonté de faire apprendre le français aux imams est une intiative qui a été lancée l’année dernière ?
Nous avons organisé une rencontre à la préfecture. nous nous sommes mis d’accord sur l’objectif : faire en sorte que les imams puissent comprendre le français, le parler et l’écrire. Le but est de pouvoir traduire le prêche du vendredi pour qu’il puisse être dit en français lors de la prière. La première expérience a été lancée. Au bout d’une année, nous nous sommes rendus compte que c’était une véritable réussite. Le courant est passé rapidement entre les imams et l’enseignant en français. Il y a eu une vraie complicité, avec des rapports francs. Les imams ont beaucoup apprécié cet enseignement. C’est une expérience unique en France. J’aimerai d’ailleurs que cette expérience soit élargie. J’ai beaucoup de demandes de la part des imams turcs, qui ont beaucoup plus de problèmes avec le français que les imams issus du Maghreb.
Une formation en français est nécessaire, mais est-elle suffisante ?
J’aimerai que cette formation en français soit complétée par une formation sur le droit français, sur la laïcité, sur les institutions françaises. Je suis pour une formation complète de langue française, mais aussi d’histoire, de droit. Les imams doivent comprendre la notion de laïcité, pour que quand est formulée unefatwa (1), qui est un avis juridique circonstancié, ils puissent répondre selon l’authenticité des textes musulmans, et aussi de la relativité de l’histoire de France. Il faut tenir compte du texte et du contexte pour pouvoir répondre aux fidèles musulmans.
Quelle est la finalité de cet enseignement ?
Il y a plusieurs niveaux. Il y a une volonté de construire un islam de France qui soit indépendant politiquement, financièrement et intellectuellement. Un islam qui tient compte de la réalité du pays dans lequel nous vivons. On ne peut parler de l’islam à quelqu’un qui habite au Maghreb, ou la vie est rythmé par l’appel à la prière, comme on parle de l’islam à quelqu’un qui habite en France, dans une société sécularisée, qui ne met plus Dieu au centre de sa vie. il faut constuire un islmam de France quoi soit en phase avec la réalité sociale et politique dans laquelle vivent les musulmans de France.
Qui fréquente les mosquées ?
L’immense majorité de ceux qui viennent à la mosquée sont des jeunes nés en France, qui sont allées à l’école de la République. Et dans leur majorité, ils ne comprennent pas l’arabe. Un imam qui ne parle pas français en France ne sert pratiquement à rien. Il ne peut entrer en contact qu’avec ceux qui parlent arabe, les anciens, ce qui pose un problème aujourd’hui. Et ce ne sont pas les anciens qui posent un problème aujourd’hui, mais plutôt les jeunes, qui ont besoin d’être encadrés. Il ne faut pas qu’ils soient séduits par les extrêmismes qui tendent à opposer notre communauté. Il faut s’exprimer en français pour qu’il y ait une vraie communication entre les imams et les jeunes qui pourraient être tentés par des mouvement extrêmistes.
Lyon Mag : Cette volonté de faire apprendre le français aux imams est une intiative qui a été lancée l’année dernière ? Azzedine Gaci : Cette expérience a été lancée au mois de Mars 2009 suite à une à une rencontre avec le préfet Gérault. Nous discutions de ce qui était fait pour les nouveaux arrivants, les nouveaux immigrants, en particulier sur l’apprentissage du français. J’ai profité de cette occasion pour que quelque chose soit fait pour les imams de France, notamment ceux qui officient dans la région Rhône-Alpes. Pour la plupart, ils ne parlaient pas français. J’ai souligné que c’était peut être l’occasion de leur apprendre le français pour qu’ils puissent traduire une partie des prêches qu’ils font le vendredi. Le préfet a saisi l’occasion. Sa réponse a été spontanée et il m’a même engagé à commencer dès le lendemain. J’ai pris contact avec certains imams, six en tout. Il fallait absolument que les imams en question aient eu une formation d’imam dans leur pays d’origine ou en France. Les classes ont ainsi été composés. L’imam est le premier guide spirituel de la communauté musulmane, il y a donc un certain respect entre eux. Il fallait les mettre ensemble pour pouvoir réussir cette expérience.
Comment concrètement cela s’est-il mis en place ?Nous avons organisé une rencontre à la préfecture. nous nous sommes mis d’accord sur l’objectif : faire en sorte que les imams puissent comprendre le français, le parler et l’écrire. Le but est de pouvoir traduire le prêche du vendredi pour qu’il puisse être dit en français lors de la prière. La première expérience a été lancée. Au bout d’une année, nous nous sommes rendus compte que c’était une véritable réussite. Le courant est passé rapidement entre les imams et l’enseignant en français. Il y a eu une vraie complicité, avec des rapports francs. Les imams ont beaucoup apprécié cet enseignement. C’est une expérience unique en France. J’aimerai d’ailleurs que cette expérience soit élargie. J’ai beaucoup de demandes de la part des imams turcs, qui ont beaucoup plus de problèmes avec le français que les imams issus du Maghreb.
Une formation en français est nécessaire, mais est-elle suffisante ?
J’aimerai que cette formation en français soit complétée par une formation sur le droit français, sur la laïcité, sur les institutions françaises. Je suis pour une formation complète de langue française, mais aussi d’histoire, de droit. Les imams doivent comprendre la notion de laïcité, pour que quand est formulée unefatwa (1), qui est un avis juridique circonstancié, ils puissent répondre selon l’authenticité des textes musulmans, et aussi de la relativité de l’histoire de France. Il faut tenir compte du texte et du contexte pour pouvoir répondre aux fidèles musulmans.
Quelle est la finalité de cet enseignement ?
Il y a plusieurs niveaux. Il y a une volonté de construire un islam de France qui soit indépendant politiquement, financièrement et intellectuellement. Un islam qui tient compte de la réalité du pays dans lequel nous vivons. On ne peut parler de l’islam à quelqu’un qui habite au Maghreb, ou la vie est rythmé par l’appel à la prière, comme on parle de l’islam à quelqu’un qui habite en France, dans une société sécularisée, qui ne met plus Dieu au centre de sa vie. il faut constuire un islmam de France quoi soit en phase avec la réalité sociale et politique dans laquelle vivent les musulmans de France.
Qui fréquente les mosquées ?
L’immense majorité de ceux qui viennent à la mosquée sont des jeunes nés en France, qui sont allées à l’école de la République. Et dans leur majorité, ils ne comprennent pas l’arabe. Un imam qui ne parle pas français en France ne sert pratiquement à rien. Il ne peut entrer en contact qu’avec ceux qui parlent arabe, les anciens, ce qui pose un problème aujourd’hui. Et ce ne sont pas les anciens qui posent un problème aujourd’hui, mais plutôt les jeunes, qui ont besoin d’être encadrés. Il ne faut pas qu’ils soient séduits par les extrêmismes qui tendent à opposer notre communauté. Il faut s’exprimer en français pour qu’il y ait une vraie communication entre les imams et les jeunes qui pourraient être tentés par des mouvement extrêmistes.
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