«L’islam laisse beaucoup de portes ouvertes»
Converti il y a plus de 20 ans, un père de famille zurichois démontre qu’il est possible de faire preuve d’un grand pragmatisme dans la vie de tous les jours pour vivre sa foi. Lorsqu’on vit dans un pays non musulman comme la Suisse, l’islam accorde des allégements, explique-t-il.
Christian Mustafa Widmer, Zurichois converti à l’islam il y a près de vingt ans, a tenu à recevoir la journaliste à la maison, sur le large canapé oriental qui occupe une bonne partie de son salon, avec Nadia, sa femme d’origine marocaine et leurs trois enfants. Il avait auparavant demandé qu’on ne l’appelle pas sur son portable pendant les heures de bureau. «Je préfère être prudent. Il y a eu des phases différentes au travail. Dans un de mes emplois précédents, j’avais la clé d’une pièce où je pouvais aller prier quand je voulais. Mais j’ai aussi vécu un temps où personne ne voulait répondre à mon salut le matin. Depuis le 11 septembre 2001, l’ambiance s’est progressivement dégradée.»
La rencontre avec la famille Widmer a lieu le soir même où le parlement argovien vient de décider de lancer son offensive contre le port de la burqa. Christian Widmer n’est pas ébranlé. «Nous n’avons besoin ni de la burqa, ni des minarets pour vivre notre foi. L’initiative contre les minarets, finalement, a eu pour nous des effets majoritairement positifs, car cela nous a donné l’occasion d’expliquer notre position et d’ouvrir la discussion. Les peurs face à l’islam sont de toute façon là! Mais l’interdiction d’un vêtement représenterait une atteinte grave aux droits fondamentaux, et une discrimination inacceptable. Et s’il devait y avoir d’autres restrictions à nos droits civiques, comme l’interdiction de certaines associations islamiques ou l’interdiction du foulard, cela deviendrait existentiel.»
Christian Widmer était déjà devenu musulman quand il a rencontré sa femme à Zurich, il y a 13 ans. Sa conversion est un parcours de plusieurs années, commencé à l’adolescence après des vacances en Tunisie avec ses parents. Après avoir pris des cours d’arabe pendant son apprentissage de commerce, il part à Damas pour une année et demie. Ce n’est qu’à son retour qu’il fait le pas. «Mes parents se sont habitués. Pas comme certains membres éloignés de ma famille, qui continuent à me proposer de l’alcool à chaque réunion.»
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