À Barbès, on évite la polémique
Barbès a d’autres préoccupations. Dans ce vieux quartier d’immigration de la capitale, « on ne parle pas beaucoup de cette affaire de voile. Il y a d’autres problèmes », résume Abib, qui tient un magasin de tissus. Beaucoup de passants s’étonnent que l’histoire de la conductrice voilée et de son mari accusé de polygamie suscite tellement d’attention. Ils y voient le signe d’une manipulation.
« Vu que les politiques n’arrivent pas à faire énormément de choses, ils essayent de détourner l’attention », commente Farid, lunettes noires, derrière le comptoir d’une boutique de chaussure. Malika pense, elle, que « c’est un peu comme aux dernières élections, quand on a fait beaucoup de bruit autour des questions sécuritaires ». De l’affaire de Nantes, on glisse toujours à la critique du projet de loi sur l’interdiction du voile intégral. « Bien sûr, ce voile n’est pas une obligation dans l’islam. C’est un truc d’extrémiste. Mais on devrait juste faire une loi pour l’interdire dans les endroits où il y a des contrôles, à la sortie des écoles », estime par exemple Farid.
Pour une jeune Maghrébine en veste en cuir, ce débat est contre-productif : « Les gens, quand on leur dit non, ils disent oui. Ces femmes, si on les force à enlever ce voile, elles vont insister. » Sans être solidaire de ceux qu’ils voient comme des extrémistes, beaucoup se sentent blessés. Pour Oumar, trentenaire d’origine subsaharienne, « les gens se sentent rejetés de la société française à cause de leur religion ».
Sous ses longs cheveux raides, Malika trouve aussi que « l’on marginalise l’islam avec ça alors que ce sont des cas isolés ». Pour autant, ce n’est pas en tant que musulmane qu’elle se sent visée mais « en tant que citoyenne française parce la liberté individuelle est attaquée. Je ne suis pas pour la burqa, mais je suis contre son interdiction comme je ne suis pas pour Le Pen, mais je ne veux pas qu’on l’interdise ».
Camille Bauer
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